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10avr/100

Jeux en ligne : M6 et Canal + ont trouve leur partenaire

C'est une course contre la montre. Sitôt votée, la loi sur les jeux d'argent en ligne suscite déjà de grandes opérations de rapprochements entre groupes de médias et les opérateurs candidats à une licence en France. Même si le dernier mot reviendra à l'ARJEL, la future autorité de régulation, en coulisses, les opérateurs s'activent pour trouver de bon alliers français.

M6 et Canal + ont officialisé, jeudi, leur entrée dans le marché des paris sportifs, des paris hippiques et du poker. Ainsi, M6 s’est associée au groupe Mangas Gaming, acteur important des jeux en ligne au niveau français puisqu’il regroupe BetClic (un des leaders en terme de paris sportifs) et Everest Poker, salle de poker reconnue en France.

L'accord "stratégique" entre M6 et Mangas Gaming portera sur 4 ans. Les sites du groupe M6 (12 millions de visiteurs mensuels) proposeront aux internautes de parier en ligne sur BetClic de jouer au poker chez Everest. En contrepartie, ces marques parraineront des émissions dédiées aux paris sportifset au poker. Les deux parties sont bien sûr ravies de cet accord. Au-delà, BetClic est en train de tisser une toile. Déjà partenaire de la presse écrite (BetClic a conclu un accord avec plus de 50 quotidiens régionaux) et de la radio (avec Europe 1), les voilà maintenant à la télévision, avec M6.

La chaîne cryptée  jouera elle sur les trois tableaux avec son nouveau partenaire Ladbrokes. Cet opérateur historique en Grande-Bretagne propose les trois types de jeu en ligne, ce qui permettra à Canal + de créer prochainement son site de paris sportifs. Les opérateurs pourront prendre des licences à partir du 1er juin, date de l'ouverture du marché. Les deux partenaires ont créé une co-entreprise destinée à se lancer sur le marché français du pari en ligne. Le service sera lancé sous une nouvelle marque, non-encore dévoilée, dans le courant de l'année, en fonction de la modification de législation. Ladbrokes apportera son expérience en matière de technologie notamment et Canal + fournira l'accès aux médias. Chaque partenaire a convenu dans un premier temps d'apporter 2,25 million d'euros à la co-entreprise à 50/50.

Sebastien Acedo et Olivier Goulon

26mar/100

PMU et FDJ ont ils deja gagne leur pari?

marche jeux argent

A quelques semaines de l'ouverture du marché des jeux en ligne en France, le compteur des alliances   s'affole : aux annonces de deals exclusifs entre opérateurs et grands media succèdent les accords stratégiques entre opérateurs pour s'assurer une part significative du gâteau.

Après l'accord M6 - 888 et la joint venture entre FDJ et Barriere, tous deux visant le segment des jeux de poker en ligne, c'est PMU qui, d'après les Echos, s'allierait avec PartyPoker afin de proposer à ses joueurs inscrits non seulement de parier sur les courses hippiques mais désormais de jouer au poker. Cet accord non exclusif laisserait cependant à Party Poker la possibilité de lancer sa marque en France.

S'il était avéré et confirmé par les intéressés, l'accord PMU - Party Poker viendrait confirmer trois tendances lourdes observables depuis quelques semaines :

- La guerre entre PMU et FDJ pour la domination du marché français des jeux d'argent en ligne est loin d'être terminée, et passera par de nouvelles annonces fracassantes (acquisitions, accords stratégiques) : PMU s'est deja associé avec Paddy Power, un des plus gros bookmakers anglo-saxons, pour son offre de paris sportifs en ligne, FDJ s'est assuré l'exclusivité de la technologie de LVS pour les paris sportifs et du moteur 3D de Barriere/BIG pour le Poker

- Les opérateurs pure-players qui se lanceront en solo sur le marché français risquent pour la plupart de devoir se contenter de quelques miettes face à la domination du couple PMU / FDJ. D'où la multiplication à venir de partenariats stratégiques entre opérateurs pour s'assurer une puissance de feu suffisante (base client, pression marketing) et espérer pénétrer efficacement le marché.

- La bataille doit se mener sur deux fronts : les media et l'offre. Et les deux opérateurs français ont pris une longueur d'avance sur leurs concurrents qui trépignent d'impatience en attendant l'ouverture du marché, observant impuissants les deux mastodontes enchaîner les deals media ou sponsoring exclusifs (FDJ avec Orange, TF1, France Televisions, Canal + et RTL, PMU avec la FFF) et organiser un matraquage publicitaire systématique depuis deux semaines et jusqu'à la coupe du monde (impossible de louper les spots TV FDJ Parions Sport et PMU, en attendant une vague ParionsWeb et PMU.fr).

Et si la guerre bataille était gagnée avant même d'avoir commencé? Qui a part Betclic, Bwin et Pokerstars pourra durablement lutter contre PMU et FDJ dont la notoriété spontanée est sans commune mesure auprès du grand public avec celle de ses poursuivants directs?

L'été 2010 promet d'être meurtrier pour certains acteurs du jeu en ligne.

olivier goulon

20jan/100

Groupes TV et paris en ligne : les chats et la souris

Ce n'est un secret pour personne, les grands groupes media français s'intéressent de près au marché des jeux d'argent en ligne. Donné a environ 800 millions d'Euros de CA en 2010, attendu a près de 1, 8 Milliards d'Euros de revenus trois ans plus tard (source : Francis Merlin), le marché aiguise les appétits, notamment des géants de la TV qui souffrent depuis deux ans (érosion des recettes publicitaires, concurrence d'internet et des chaînes de la TNT). Mais les stratégies des deux grands que sont M6 et TF1 semblent encore hésitantes : devenir opérateur en cherchant à diversifier leur formidable marque grand public sur un secteur en pleine croissance (après le télé-achat, les jeux d'argent?), ou s'allier avec des opérateurs existants en apportant leur puissance de feu médiatique et leur gigantesque base de consommateurs?

L'actualité récente d'Eurosportbet illustre à merveille ce furieux dilemme. Eurosportbet est un site de paris sportifs lancé mi 2009 en Angleterre puis en France dans sa version "paris gratuits". Eurosportbet est opéré par la société SPS betting, détenu par le fonds d'investissement Serendipity (dirigé par Patrick Le Lay, ex PDG de TF1) et par Eurosport (filiale de TF1). Serendipity étant détenu par Bouygues (actionnaire de TF1) et Artemis (Groupe Pinault), la proximité entre Eurosportbet et le groupe TF1 n'était pas qu'une vue de l'esprit. Tout semblait donc clair : Eurosportbet était le bras armé du groupe TF1 sur le secteur des paris sportifs, et une alliance stratégique et médiatique entre ce nouvel opérateur, qui attendait patiemment la légalisation du marché français pour y entrer en fanfare et concurrencer les Betclic, Bwin et FDJ, et le groupe Media allait de soi. Pour résumer, TF1 avait son propre opérateur de paris sportifs.
Les dernières nouvelles sont venues démontrer que tout n'était pas si simple. A la faveur d'un changement de stratégie des actionnaires de Serendipity, annoncé par le journal Le Monde hier, le fonds s'apprête à vendre sa participation dans Eurosportbet au Groupe TF1, qui se retrouverait donc actionnaire a 100% de l'opérateur. Et dans le même temps, la rumeur enfle d'une allliance entre TF1, FDJ et le Groupe Barriere.

Quelle serait alors la place d'Eurosportbet dans ce dispositif? L'opérateur constituera-t-il la base "paris sportifs" d'une offre plus large constituée des actifs poker, betting et jeux de hasard de FDJ, Barriere et TF1? Ou sera-t-il sacrifié par TF1 qui préférera se contenter d'apporter ce qui constitue sa valeur ajoutée principale (puissance media / tunnel d'acquisition grand public), laissant à ses potentiels partenaires FDJ / Groupe Barrière l'orchestration de leurs savoir-faire métier.

Si les enjeux liés à l'ouverture du marché français avaient pu il y a encore quelques mois donner des ailes aux stratégies individuelles ("j'y vais tout seul même si ce n'est pas mon métier"), la prise de conscience des difficultés liées à la technicité du métier et aux contraintes légales posées par le législateur français (le projet de loi doit encore être discuté au Sénat les 23 et 24 février) amène même les plus jusqu'au-boutistes à reconsidérer leur position.

Ainsi le grand rival de TF1, M6, dont l'alliance avec l'opérateur Bwin semblait acquise en France sous la forme d'une offre en marque blanche, semble lui aussi revisiter ses positions. Le journal Challenges annonçait la semaine dernière, rumeur à confirmer, que le Groupe M6 sortirait finalement du deal avec Bwin pour s'allier avec le Groupe 888 et développer une offre uniquement centrée sur le Poker en ligne. En effet, la proposition par M6 d'une offre paris sportifs sous sa marque serait incompatible avec les éléments du projet de loi en cours de discussion qui interdisent au propriétaire d'une équipe de football de proposer des paris sur cette équipe (M6 est actionnaire des Girondins de Bordeaux).

Si le groupe France Televisions est pour l'instant relativement discret sur ses intentions et ne devrait se dévoiler qu'une fois connus tous les contours de la future loi, le Groupe Nextradio (RMC, BFM radio et BFM TV) a choisi la voie plus prudente du partenariat avec un opérateur. Les regards sont désormais tournés vers un géant aux intentions encore floues, le Groupe Canal + : "j'y vais ou j'y vais pas?"

Olivier Goulon